Évitons le gâchis économique et humain
mai 16, 2008
Tribune parue dans Le Figaro du 8 juin 2006
C’est un fait, la France vieillit et cinq millions de salariés vont quitter la vie active dans les dix prochaines années. La principale conséquence économique de cette réalité démographique est la difficulté à financer les retraites, question cruciale que la réforme de 2003 a eu le courage d’aborder. Il existe toutefois d’autres effets à cette évolution, certes moins perceptibles, mais tout aussi graves, et qui méritent par conséquent d’être également pris en compte : parmi ceux-ci figure la perte massive de personnel qualifié que vont connaître nos entreprises. Or, nous le savons, la « ressource humaine » est primordiale dans tous les secteurs, qu’il s’agisse de la production, de la recherche, des services, etc. Qui plus est, les seniors appelés à quitter la vie professionnelle sont souvent attachés à leur société depuis plusieurs années, et sont de ce fait détenteurs d’une « culture d’entreprise », ce qui ne peut naturellement pas être le cas des derniers recrutés. Dans notre pays, loin d’être enrayés, les départs sont accentués par de nombreuses mises à la retraite anticipées, volontaires ou non, qui sont facilitées voire encouragées. Au gâchis économique s’ajoute donc un véritable « drame humain » : le passage du cap fatidique des 50 ans est devenu une épreuve qui se solde trop fréquemment, hélas, par une exclusion du monde actif.
Exclusion : ne craignons pas de prononcer le mot, puisque la discrimination par l’âge y conduit désormais. Je rencontre régulièrement, en particulier lors de mes permanences de maire et de député, des femmes et des hommes confrontés à cette cruelle et injuste situation. Ils subissent ce « diktat » collectif, selon lequel le quinquagénaire serait contre-productif, réfractaire au changement et coûteux. Dans ces conditions, en cas d’ »accident de carrière », il est très difficile, pour ne pas dire impossible, d’avoir une nouvelle chance de faire ses preuves. Une fois au chômage, les seniors ont plus de difficultés pour en sortir : seul un tiers d’entre eux retrouvera un travail. La perte de confiance et le sentiment de dévalorisation s’installent alors dans l’esprit du salarié, qui finit par se résigner à cette mise an ban de la société.
Pour lutter contre une telle dérive, il me semble impératif de redonner toute sa valeur à l’expérience. Nombreux sont les métiers qui nécessitent des compétences que seule l’ancienneté procure. Celles-ci font du senior un salarié-clef dans la transmission du savoir-faire vers les plus jeunes. La relation « maître-apprenti », inhérente à toute activité humaine depuis des siècles, conserve toute son importance dans l’entreprise d’aujourd’hui. C’est la complémentarité qu’il faut privilégier, la promotion du travail intergénérationnel, l’alliance de l’innovation et de l’expérience.
Dans ce domaine, nombreux sont les pays à avoir quelques longueurs d’avance sur nous. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en Suède, 69 % des 55-64 ans travaillent tandis qu’ils ne sont que 37 % dans l’hexagone ! Les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Finlande n’ont pas hésité à prendre des mesures destinées à favoriser l’emploi des seniors. Nos voisins d’outre-Rhin ont par ailleurs opté pour le versement d’un complément de salaire aux quinquagénaires chômeurs qui seraient embauchés.
Depuis quelques années, soyons juste, nous avons commencé à nous intéresser à la question, en l’abordant sous divers aspects : la formation tout au long de la vie, le cumul emploi-retraite pour les bas salaires, la retraite progressive, dispositif devant permettre de percevoir une partie de sa pension tout en continuant à travailler et à améliorer ses droits. Le Gouvernement, par le biais de son « Plan Seniors », espère pouvoir respecter les objectifs européens fixés par le Conseil de Stockholm, à savoir 50 % des 55-64 ans en activité d’ici 2010. Mais nous devons essayer dès maintenant d’aller plus loin et, en concertation avec l’ensemble des partenaires sociaux, organisations patronales et syndicales, envisager les moyens qui inciteront la prolongation de l’activité, encourageront le maintien dans l’emploi et favoriseront enfin la réinsertion sur le marché du travail quand le licenciement n’aura pu être évité. En outre, au-delà des nécessaires décisions « techniques », c’est à une révolution de nos mentalités que j’en appelle. Il appartient aux employeurs, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, de changer leur regard et leur pratique, en validant au lieu de les sanctionner, les acquis de l’expérience. Quant aux seniors eux-mêmes, ils doivent rester mobilisés, refuser une supposée fatalité de l’âge, et accepter au contraire bilans de compétence et formations, afin d’être en adéquation avec les offres disponibles.
Œuvrer dans cette direction est une manière de réconcilier deux impératifs que d’aucuns considèrent comme absolument antinomiques : la réussite économique et l’épanouissement humain.
L’ANPE Rhône-Alpes crée un « réseau senior »
mai 14, 2008
Paru sur senioractu.com
http://www.seniorscopie.com/articles/des-instruments-pour-maintenir-les-seniors-au-travail.html
Les solutions australiennes
mai 10, 2008
Paru sur seniorscopie.com
http://www.seniorscopie.com/articles/des-instruments-pour-maintenir-les-seniors-au-travail.html
Revaloriser le travail des seniors et le retour à l’emploi des retraités
mai 3, 2008
Tribune parue dans Le Figaro du 3 mai 2008
Cet article a suscité plusieurs commentaires sur le site du Figaro que vous pouvez consulter à l’adresse suivante :
http://www.lefigaro.fr/synsearch/search.phpmid=499af74e304f1dd705cdcfc0834c39d4&l=fr&sortBy=date
La retraite à 60 ans fait partie des acquis sociaux de la République, au même titre que les congés payés ou l’enseignement gratuit, laïc et obligatoire. À ce titre, elle doit demeurer un principe de référence de notre législation. Pour autant, ce préalable étant posé, n’est-il pas aujourd’hui légitime de s’interroger sur la pertinence d’une application uniforme de cette règle, ne prenant pas en compte l’attente de nos compatriotes ?
La question mérite d’être abordée en premier lieu pour des raisons démographiques. L’amélioration des conditions d’existence ainsi que les progrès médicaux enregistrés durant les dernières décennies, en particulier dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires et les cancers, n’ont cessé d’allonger l’espérance de vie. Celle-ci progresse actuellement de quatre mois par an, et dépasse 77 ans pour les hommes, 84 ans pour les femmes. À cette augmentation quantitative s’est ajouté un accroissement continu de la qualité de vie. En second lieu, la disparité des situations individuelles tend également à plaider en faveur d’une modulation de la date effective de départ à la retraite, les études indiquant par exemple que les travailleurs du secteur primaire arrivent plus affaiblis en fin de carrière que ceux du tertiaire.
De ce fait, ces derniers peuvent avoir le désir de conserver une activité professionnelle au-delà du sacro-saint âge légal et fatidique de la mise à l’écart de la vie active. Sans doute n’avons-nous pas encore pris suffisamment la mesure du désarroi moral d’un nombre grandissan de nos compatriotes, poussés vers la sortie contre leur gré. Il ne faut pas redouter de reconnaître que certaines réglementations, bien que fondées sur l’égalité de traitement due à tous les citoyens, peuvent avoir des effets pervers en voulant faire le bonheur des gens à leur corps défendant.
La chaîne Arte a diffusé mardi 8 avril un reportage très édifiant sur le sujet. Il a montré des Américains ayant réussi à se faire réembaucher, après leur départ à la retraite. Dans l’entreprise en question, la moyenne d’âge est de 74 ans ! Tous volontaires, ayant entre 62 et 96 ans, les trente-cinq seniors présents chez Vita Needle, près de Boston, ont retrouvé une raison de vivre, une utilité sociale et un cercle amical, grâce à cette nouvelle carrière qui les a, en quelque sorte, « sauvés » du naufrage de la retraite. L’une des salariées avoue qu’à 60 ans, elle avait quitté sa ville avec le désir de vivre au bord de la mer, mais que, rongée par l’ennui deux ans plus tard, elle décida de rentrer, puis de reprendre une activité professionnelle.
Ces employés, atypiques pour l’observateur français, sont considérés par le patron local à l’égal de leurs collègues plus jeunes. L’escalier qui donne accès à l’atelier symbolise cet état d’esprit : toutes et tous doivent en gravir les dix-neuf marches plusieurs fois par jour, et il n’est pas question d’aménager un ascenseur. Les seniors bénéficient néanmoins de postes ainsi que d’horaires adaptés à leurs capacités et tenant compte du caractère intentionnel de leur démarche. Ils s’avèrent des salariés motivés et consciencieux, ayant à coeur de bien accomplir la tâche qui leur est confiée, capables même d’améliorer les méthodes de production, grâce à la diversité de leurs savoir-faire et de leurs profils. Inutile de préciser que l’échange intergénérationnel fonctionne parfaitement et de manière naturelle, l’expérience des uns profitant à l’esprit innovant des autres, et vice-versa. Autre avantage, les « retraités actifs » pacifient le climat de l’entreprise, car ils sont dégagés de tout plan de carrière.
Incontestable réussite humaine, la présence de seniors se révèle aussi un succès économique. Dans l’exemple américain, au cours des cinq dernières années, le chiffre d’affaires de la société a augmenté de 20 % par an. De surcroît, dans le cadre d’une réflexion plus globale sur l’épineuse question du financement des pensions, le retour volontaire à l’emploi paraît une piste intéressante à explorer.
Le sujet mérite d’être abordé sérieusement dans notre pays. Il reste ainsi à imaginer des phases de décélération de l’activité professionnelle, pour en finir avec ce passage brutal du travail à temps complet au repos absolu. Ne craignons pas de franchir la barrière des 60 ans, comme c’est le cas en Finlande où il est déjà possible de travailler jusqu’à 68 ans. En l’occurrence, ce qui est en jeu, c’est non seulement la survie de notre système de retraite, mais aussi la santé psychologique de femmes et d’hommes qui représenteront un pourcentage croissant de la population dans les prochaines décennies.
Il faudra bien un jour se demander pourquoi le travail serait la seule activité interdite après 60 ans, quand toutes les autres sont admises, voire encouragées : pratique sportive, engagement associatif, voyages de plus en plus fréquents et lointains, etc. La liberté individuelle et le minimum de respect dû à chacun ne sont-ils pas à l’heure actuelle cruellement mis en défaut ? Si l’on considère que la finalité de l’action politique est de construire une société privilégiant l’épanouissement et le bien-être de la personne humaine, il y a assurément un champ à investir pour faciliter le retour à l’emploi des retraités qui le souhaitent. Écoutons les appels qu’ils nous lancent et, dans ce domaine comme dans tant d’autres, soyons inventifs et sachons anticiper.
Pour une prise de conscience
mai 2, 2008
Discours d’ouverture du colloque sur l’emploi des seniors présidé par Jacques Kossowski à l’Assemblée nationale
Avec le vieillissement de la population française et l’allongement de la durée de cotisation, la question de l’emploi des seniors devient cruciale pour les pouvoirs publics comme pour les entreprises.
En dépit des mesures prises ces dernières années par le gouvernement, la France accuse encore un retard important dans ce domaine : le taux d’activité des 55-64 ans y est de seulement 43,8%, contre 58% au Royaume-Uni ou 65,5% au Danemark.
Au-delà de l’exigence morale et de la nécessité sociale évidentes de donner aux seniors victimes d’ « accidents de carrière » toutes les chances de retrouver un emploi et leur place dans la société, il ne faut pas sous-estimer l’enjeu économique que représente ce gisement de compétences.
L’expérience constitue une valeur ajoutée considérable pour l’entreprise comme pour l’économie : transmission du savoir-faire, détention de la culture d’entreprise, complémentarité avec l’innovation, richesse des échanges intergénérationnels… Pour faire valoir ces atouts de l’expérience plutôt que les sanctionner, les employeurs privés comme publics doivent changer leur regard et leurs pratiques. Et les politiques de l’emploi doivent innover pour les y aider.
Le colloque que nous vous proposons a l’ambition de dresser les grandes lignes de ce nouveau « contrat social ». Je souhaite que des solutions concrètes s’en dégagent et nourrissent la réflexion sur ce qui constituera, à n’en pas douter, un thème incontournable de la prochaine législature.
Le rôle clef des DRH dans l’emploi des seniors
mai 2, 2008
Communiqué de presse
Après la parution d’un sondage réalisé par l’Ifop auprès des DRH sur l’emploi des seniors, j’attire l’attention de la Présidente de l’ANDCP (Association nationale des directeurs et cadres de la fonction Personnel) sur la nécessité de changer les mentalités des responsables de ressources humaines.
Selon une étude réalisée par l’Ifop pour le ministère de l’emploi en février dernier, il semble que les seniors fassent l’objet d’un a priori négatif de la part des responsables de ressources humaines. 70% des DRH considèrent qu’un salarié de plus de 45 ans est « âgé ». 58% d’entre eux tiennent compte de l’âge comme facteur d’embauche. Et ils sont également nombreux à considérer que, malgré leur expérience, les seniors sont « inadaptés » et « trop chers » mais aussi « en mauvaise santé » ou « moins motivés ».
Ces opinions rappellent des préjugés que plus personne aujourd’hui n’oserait exprimer sérieusement sur la façon de travailler des femmes ou encore sur les aptitudes des salariés d’origine étrangère. De tels propos sont très graves. Et ils le sont d’autant plus qu’ils émanent de personnes responsables au quotidien des recrutements et plus largement des ressources humaines.
Comment l’emploi des seniors pourra-t-il s’améliorer si les DRH eux-mêmes ne sont pas convaincus de l’intérêt de recruter des personnes de plus de 45 ans ? Comment s’étonner du manque de motivation que peuvent ressentir certains salariés de cet âge quand des responsables d’entreprises émettent de tels doutes sur leur implication et plus largement sur leur utilité ? Et comment expliquer que, toujours selon le sondage de l’Ifop, l’âge semble davantage poser un problème aux DRH qu’à leurs patrons ?
La campagne de communication lancée par le ministère en 2006 n’a visiblement pas suffi à changer les mentalités. Le premier public à convaincre, ce ne sont pas les Français, ni même les chefs d’entreprise. Ce sont les DRH. C’est eux qu’il faut responsabiliser. C’est eux aussi qu’il faut savoir écouter et associer à la réflexion pour faire des propositions réalistes. Pour ces raisons, j’appelle l’ANDCP à renforcer le travail de sensibilisation vis-à-vis de ses membres et propose son soutien en ce sens.
Publié par J. Kossowski