Paru dans La Tribune du 4 juin 2008
On ne compte plus les dispositifs mis en place par les gouvernements successifs pour résoudre le problème de l’emploi des seniors : sensibilisation, incitation, obligation… Force est d’admettre que jusqu’à présent, tous se sont révélés inefficaces. Et si la solution était sous nos yeux ? D’un côté, de nombreux seniors sont démotivés dans des entreprises qui ne leur offrent aucune perspective d’évolution. De l’autre, plusieurs milliards d’euros sont investis dans la formation professionnelle, pour des résultats plus qu’incertains. Il est temps de sortir de cette aberration en faisant des seniors la priorité de notre système de formation professionnelle continue.
Chaque année, plus de 23 milliards d’euros sont consacrés en France à la formation professionnelle. Face à de tels montants, nous sommes en droit de nous demander : à quoi sert cet argent et pour quels résultats ?
Du côté des entreprises, les dépenses sont considérables – 8 milliards d’euros de cotisations obligatoires par an – mais le taux d’utilisation est très insuffisant. Si la France est le pays d’Europe où les entreprises dépensent le plus dans ce domaine, seuls 45% des salariés bénéficient chaque année d’une formation, contre 60 à 70% dans d’autres pays. C’est dire l’ampleur du gaspillage.
Quand une formation est effectivement financée, la vérité c’est que les entreprises ont avant tout le sentiment de devoir rentabiliser les cotisations versées plutôt que de les utiliser à bon escient. Signe de ce désintérêt, la quasi totalité d’entre elles n’assurent pas de suivi, d’évaluation ou de bilan de compétences à l’issue des formations payées à leurs salariés.
Les salariés eux-mêmes ne sont pas dupes et restent sceptiques quant à l’utilité des formations suivies, souvent associées à des « vacances » bien plus qu’à un besoin professionnel réel servant leurs intérêts et ceux des entreprises.
Au niveau de l’Etat enfin, comment vérifier que cette manne financière est utilisée à bon escient ? La complexité du système n’a d’égale que la difficulté d’accès aux informations sur les circuits financiers empruntés par les sommes collectées. Une situation qui semble dépasser l’Etat lui-même, dépourvu de tout moyen d’évaluer l’efficacité du dispositif.
Il est temps de mettre fin au gâchis, tant du niveau des cotisations des entreprises que des dépenses publiques, en remettant à plat le système de formation continue. Pour ce faire, il faut se poser les bonnes questions, en commençant par la plus importante : qui doivent être les destinataires prioritaires de la formation professionnelle ? A l’évidence, les salariés les plus fragiles, c’est-à-dire les plus jeunes et les seniors.
A travers l’apprentissage, les jeunes bénéficient d’opportunités qui leur ouvrent la porte de l’avenir professionnel. Cet effort indispensable doit bien sûr se maintenir.
La première décision à prendre, c’est de faire des seniors, au même titre que les jeunes, le public prioritaire du système de formation. Aujourd’hui, 64% des entrepreneurs déclarent qu’il est plus difficile pour un senior de pouvoir évoluer sur de nouveaux postes. Mais leur en donnent-ils la possibilité ? Alors que les seniors sont les salariés qui ont les besoins les plus importants en matière de formation, il leur est quasiment impossible d’y accéder. La plupart des entreprises refusent d’investir dans la formation de travailleurs dont les perspectives de carrières leur semblent limitées, voire inexistantes. Ainsi, il est scandaleux que chaque salarié ne bénéficie pas automatiquement à partir de 45 ans d’un bilan de compétences, d’évaluations régulières puis d’un plan de formation adapté pour évoluer.
Il est temps de mettre fin aux solutions dont les financements restent à trouver et l’efficacité reste à prouver. Nous disposons d’une énorme manne financière dégagée par les cotisations de formation. C’est le moment ou jamais de l’utiliser à bon escient en concentrant l’effort de formation continue sur les seniors et en les plaçant directement au centre d’un système renouvelé.